Voyage en pays Toraja (Sulawesi suite et fin)

Voyage en pays Toraja

Le pays Toraja est une région riche en traditions ancestrales notamment autour des rites funéraires très particuliers. Cette région est aussi caractérisée par des maisons avec une architecture très étonnante: un très grand toit en forme de cornes de buffle ou de bateau selon l’interprétation de chacun. Dans cette culture le moment du décès est très important et doit être célébré comme il se doit. La famille économise longtemps pour pouvoir organiser des funérailles grandioses. Entre temps le corps du défunt repose dans la maison au milieu de tous et grâce à des procédés de momification très particuliers le corps ne pourrit pas. C’est ainsi qu’on nous a raconté que parfois les corps restaient des dizaines d’années dans la maison. Les proches continuent à lui parler. Tant qu’il n’y a pas eu la cérémonie officielle le corps et l’âme du mort ne peuvent reposer en paix. Les touristes peuvent assister à ce type de cérémonie c’est même un honneur pour la famille que des personnes venues de si loin puissent y prendre part.

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Rantepao est la ville de départ pour visiter cette région. Nous avons dormi au Pia’s Poppies hôtel en suivant les conseils des français rencontrés un peu avant qui nous avaient précédés dans cette ville. L’accueil fut des plus chaleureux avec un grand verre de jus de fruit frais. En arrivant à Rantepao nous sommes allés directement à l’office du tourisme pour savoir justement s’il y avait des cérémonies dans les jours prochains. Nous avons rencontré Francesca, une guide Toraja, qui nous a annoncé qu’il y aurait une cérémonie le lendemain.

 

De magnifiques paysages et des villages Toraja:

Francesca nous a donné des conseils sur les villages à visiter aux alentours et nous sommes partis pour cette première journée sur deux scooters loués à l’hôtel découvrir la région. C’était un bonheur de retrouver ce sentiment de liberté que procure le deux-roues. Les paysages étaient très beaux, montagneux avec des rizières qui étaient au début de la pousse du riz. Cela donnait des teintes vertes très variées et très belles. Nous avons vu de très nombreuses maisons Toraja avec le grand toit si particulier. Il y en a de toutes les tailles, les plus grandes témoignent de la richesse de la famille. Par contre c’est plutôt rare aujourd’hui que les habitants vivent encore à l’intérieur. Quelques-unes sont habitées mais souvent cela sert de grenier à riz. Sur la devanture il y a parfois des cornes de buffles qui témoignent du nombre de buffles sacrifiés pendant la cérémonie au défunt.

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Nous nous sommes arrêtés déjeuner à Batutumonga. De là nous avions une très belle vue sur la montagne et les rizières avec au fond la ville de Rantepao d’où nous étions partis le matin même. Après le déjeuner nous sommes restés un peu sur place.

Les enfants sont allés visiter une porcherie suite à de grands appels de la fermière quand elle les a vu. Il y avait des cochons de toutes les tailles qui étaient nourris grassement et qui servirons dans de futures cérémonies.

Une bonne chute :

Nous allions partir, Emilio jouait à courir sur la terrasse quand nous l’avons entendu hurler. Il criait, se tenait la tête qui était en sang.. C’était très impressionnant. Il avait trébuché sur un muret de brique et sa tête avait cogné sur un autre mur en face. Cela a rameuté nos gentilles serveuses qui avaient l’air paniquées. Nous avons nettoyé sa tête avec de l’eau et l’avons rassuré. Il n’avait pas perdu connaissance et il avait un comportement normal par rapport à ce qui venait d’arriver. J’ai pu regarder son crâne et j’ai vu une blessure qui semblait nette mais un peu profonde. Le saignement s’est tari et nous voulions rapidement prendre la route du retour.

 

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Orage arrivant sur nous avec au fond la ville de Rantepao

C’est alors qu’en regardant le ciel on s’est dit que cela n’était pas une bonne idée. De gros nuages noirs approchaient et une averse arrivait. Nous avons attendu que le temps se calme abrités sur la terrasse du restaurant où nous avions déjeuné. Emilio rigolait, parlait.. son état était très rassurant. La route de retour était glissante et en mauvaise état, nous avons été très prudents. Arrivés à l’hôtel j’ai lavé et désinfecté sa plaie et coupé quelques cheveux pour mieux voir. La plaie était profonde, j’ai essayé de rapprocher les berges avec des steri strip mais qui ne collaient pas à cause des cheveux. Avec Marco nous avons décidé qu’il serait plus judicieux de consulter. Je souhaitais trouver cette espèce de colle cicatrisante qu’on met aux enfants pour éviter les points de suture. Je m’en suis voulu de ne pas en avoir pris dans ma trousse à pharmacie ! Sur les conseils de l’hôtel nous sommes allés à l’hôpital. Le personnel de l’hôtel a été vraiment super avec nous. Ils nous y ont accompagné en voiture et une des employés est restée tout le temps avec nous pour traduire et faire le lien entre la consultation et le service facturation. Nous sommes arrivés dans un hôpital propre par ce qui était à mon sens l’accueil des urgences. Il y avait une grande salle commune avec des gens sous perfusions, adultes et enfants mélangés. Nous nous sommes arrêtés au bureau central où un gentil docteur parlant anglais a regardé la plaie d’Emilio. Il m’a dit qu’il fallait probablement faire un point de suture mais que ça allait lui faire mal car il n’avait pas d’anesthésiant. Comme je n’avais pas envie qu’il enfonce une aiguille dans le crâne de mon fils sans calmant on a décidé de temporiser. Il a coupé plus de cheveux puis après désinfection il a fait un semblant de pansement compressif. Il n’avait pas la colle cicatrisante désirée évidemment. Emilio a été très courageux. Tout le monde le regardait comme une bête curieuse ce qui avait un peu le don de l’agacer. En une heure nous étions sortis et la consultation et les soins ont coûté … 6€!!! Je n’ai pas eu besoin d’appeler l’assurance … Le docteur nous a conseillé de revenir si la plaie continuait de saigner mais le saignement semblait s’être calmé.

Nous étions de retour à 19h30 à l’hôtel où nous avions commandé à dîner un plat local cuit dans un bambou. C’était du porc cuit avec des choux et des herbes et du riz noir. Nous n’avons pas trop aimé, un peu trop salé.

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Une expérience hors du commun : un choc culturel

Le lendemain nous avions rdv à 6h du matin devant l’hôtel avec notre guide Francesca pour assister à une cérémonie funéraire. Nous sommes partis avec elle en scooter jusqu’à la maison du défunt. Elle nous avait dit que c’était une jeune personne décédée mais nous ne nous attendions à ce que ça soit un enfant.. Un garçon de 6 ans renversé sur la route en allant à l’école … Glauque… Le décès datait d’il y a trois semaines et le corps avait été momifié et laissé auprès de la famille depuis tout ce temps. C’est la tradition en pays Toraja et cela laisse le temps à la famille de trouver les fonds pour organiser les funérailles. Si les funérailles sont bâclées l’âme du défunt ne reposera pas en paix. Pour cela il est important pour eux de faire venir un maximum de monde, si possible des étrangers et de sacrifier le plus d’animaux possible. Nous avions de l’appréhension quand à cette cérémonie dont nous avions déjà entendu parlé. Les enfants étaient très friands de voir des sacrifices d’animaux… Que se passait il ? Étaient-ils devenus des êtres insensibles ? Là, où moi je pouvais y voir un acte de voyeurisme ou un acte intrusif, les indonésiens du pays Toraja y voyaient un grand honneur que des étrangers venus de si loin puissent être présents et valorisent leur tradition. C’est ce qu’ils nous ont dit à maintes reprises. C’est un peu ce qui nous a décidé à y aller et nous étions bien contents d’être introduit par Francesca notre guide. Seuls cela aurait été très compliqué.

Nous avons bu un café avec les quelques membres de la famille. Nous avions apporté quelques offrandes pour la famille ( sucre, gâteaux, cigarettes) sur les conseils de Francesca. Nous avons assisté à une prière dans l’intimité du foyer familial puis a eu lieu le premier sacrifice animal. Âmes sensibles s’abstenir… et les photos sont dures pour nos amis défenseurs des animaux. Ce fut le premier d’une longue série. Un bon gros porc 🐷 , tué d’un coup de couteau dans le cœur.. Pour ma part je n’ai pas pu regardé le sacrifice. Trop sanglant. Les enfants ont surtout été surpris par le nettoyage de l’animal à qui, une fois la panse ouverte, l’on a retiré tous les intestins… Ils n’imaginaient pas cela comme ça.. petit cours d’anatomie au passage…

 

Ensuite le corps du défunt dans son cercueil a été transporté par un petit chemin montant vers une prairie. Cette prairie avait été préparé pour l’occasion avec une dizaine de cabanes ouvertes en bambous préparées pour accueillir les villageois. Le cercueil a été placé dans une maison accueillant les morts en attendant d’aller dans un caveau le lendemain. Avec le cercueil ont été déposé de nombreuses affaires de l’enfant, des jeux, son cartable et même son ventilateur.

Après le sacrifice du porc ce fut celui du buffle 🐃. Un coup de couteau dans les carotides et il s’est vidé de son sang.. Je me suis mise une peu en retrait de tout ça et Anna aussi. C’était quand même très gore, beaucoup d’hémoglobine !! Et heureusement c’était une « petite » cérémonie car dans les grandes il parait qu’il n’y a pas un buffle sacrifié mais parfois des dizaines .. les cornes des sacrifiés trôneront au devant de la maison Toraja par la suite. Les animaux ont été débités en morceaux par des spécialistes avec des couteaux de boucherie.

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Pendant ce temps des villageois commençaient à arriver par pickups pleins. Ils s’asseyaient dans les cabanes ouvertes, tous habillés de noir. Francesca nous avait prêté des tenues pour l’occasion. Pendant que les hommes découpaient la viande les femmes travaillaient en cuisine et nous apportaient du thé, du café et pleins de paniers de biscuits sucrés. A chaque fois que des villageois arrivaient ils apportaient dans leur coffre un porc pour être sacrifié. Les enfants ont compris ce que signifiait l’expression « cochon pendu ». Au total une vingtaine de cochons ont été sacrifié. .. heureusement pas tous sous nos yeux.

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Francesca nous a appris une chanson indonésienne pour que nous l’accompagnions plus tard avec la chorale. Ensuite il y a eu une cérémonie religieuse. Les habitants de cette région sont en grande majorité protestants. La cérémonie a eu lieu sur place avec des temps de paroles et de chants. Nous sommes allés chanter avec Anna le chant appris par Francesca devant plus de 300 personnes.. Peu de locaux parlaient anglais mais tout le monde nous souriait et nous regardait avec bienveillance. Nous avons été extrêmement bien accueillis. Nous avons été remercié par la famille au micro c’était très touchant.

 

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Après la cérémonie religieuse un déjeuner a été servi. C’était une sacrée organisation de servir près de 300 personnes assises en tailleur sur des tapis de bambou.

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Après le déjeuner nous sommes partis, fatigués physiquement et émotionnellement de tant de rites tellement différents de nos pratiques. Mais ce fut une incroyable expérience.

 

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Merci Francesca !

Nous avons ensuite pris un bus de nuit direction Makassar, la grosse ville à la pointe sud de la Sulawesi. Et ENFIN!! Pour changer de toutes nos expériences indonésienne le bus était hyper confortable !! Des sièges très confortables inclinables quasi totalement. La nuit fut courte avec une arrivée à l’aéroport de Makassar à 4h30 du matin. De Makassar nous avions un vol prévu le 03/02, le lendemain pour Maumere sur l’île de Flores.

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